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Crédit Agricole LCL : une nouvelle révolution verte égo-centrée?

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Bourse & Analyse » Le 01/04/2011 à 13h59 par christian CLAIRVIEL S'abonner au RSS RSS Commentaire (1)

Avec 457 milliards d’€  de dépôts (+5% s/2009), plus de 20 milliards de PNB (en hausse de 12%), le groupe  CREDIT AGRICOLE Société Anonyme (CASA) est un poids lourd  parmi les banque européennes même si sa rentabilité est assez basse.

 

Plombée par ses filiales grecques ( EMPORIKI) et italiennes (SAN PAOLO) mais aussi par ses audaces dans l’aventure des Subprimes, le résultat net est de l’ordre de 2,9%,  à peine mieux qu’en 2008 et 2009 (2,6 %) et bien loin des 17 % de 2006 ou même 12, 2 % de 2007, début de la crise. Cela cache il est vrai un triplement du résultat brut d’exploitation en 2010, totalement absorbé par les déboires italo-grecs de la banque verte.

Pourtant il y a eu une énorme révolution de palais dans ce conglomérat semi-mutualiste et toute une nouvelle équipe à pris les rênes en 2010 : sans doute lui faut il un peu de temps pour  traduire ses talents  en chiffres ? On souhaitera en passant bienvenue au nouveau DG, JP.CHIFFLET, désormais l’autodidacte le mieux payé de France ( 1,8 millions d’€/an) et son équipe, environ 1M€ d’€ chacun, en hausse de 20 % ce qui, on le suppose, doit être à la hauteur des objectifs ambitieux de création de valeur pour les clients, les salariés et les actionnaires.  Passons un voile pudique sur les indemnités de départ des anciens dirigeants qui ont « spontanément » renoncés à la partie variable de leurs rémunérations, ce qui vu leurs résultats ne me parait pas être un effort injustifié.

 

Ce changement de calife se présentait comme un recentrage salvateur : Crédit Agricole se donne la posture d’une banque redevenue classique, bâtie sur ses agences de détail et désormais dédaigneuse des activités sulfureuses des vilaines banques spéculatives. La réalité est un différente : son résultat 2010 provient essentiellement des lignes métiers spécialisées (filiales de crédit à la consommation, leasing et factoring) pour 44 % et de la banque de finance et d’investissement pour  32% et la banque de détail ne produit que 22% du résultat net.  Certaines réalités sont incontournables : le recentrage patientera.  

On notera aussi que si la progression du résultat d’exploitation est significative, elle est d’autant plus méritoire qu’ elle s’est faite a effectif quasi constant et cela malgré une grosse croissance des recrutements … en Asie et Océanie !

 

Allons bon : après s’être retiré d’Uruguay, du Sénégal , du Gabon, de Côte d’Ivoire ( là pour le coup c’était bien vu)  et autres exotiques, la CASA vise-t-elle une résidence secondaire à Tahiti ou en Chine ? Pour une nouvelle croissance débridée ?

 

Suspendons cette coûteuse hypothèse. On pourrait aussi ergoter sur le joli ratio de solvabilité à 12,8 %, dont  8,4 % de tier one qu’il faut interpréter après prise en compte de  certaines « avances en comptes courants d’actionnaires » ( comptés en fonds propres !) mais ne soyons pas plus royalistes que les reines : CASA est notée Aa1 chez MOODY’S, AA- chez Standard & Poors, idem chez Fitch, donc  ce groupe bancaire et financier reste extrêmement solvable. 

 

Non ce qui me semble d’abord faible chez CAsa c’est la fragilité de ses marques. A part le vaisseau amiral « CREDIT AGRICOLE » (nom peu évocateur dans bien des pays, les américains prononcent «  Cri d’Aye aigrecul »…), les déclinaisons sont  au mieux du second choix : CACEIS, AMUNDI, PACIFIA en assurances,  on est loin des réputations notoires.  Oh il y a quelques pépites assez bien identifiées en France  telles que SOFINCO-FINAREF, et dans le monde agro l’IDIA du regretté Guy NEBOT. Mais leur image est un peu écornée par leur rentabilité « trop » élevée ! A 20 % /an mini de ROA, le client grince des dents, on peut le comprendre….

D’autres marques sont pourtant très connues dans le monde mais sous-exploitées : INDOSUEZ par exemple, de réputation internationale  mais que le management veut  rattacher à BGPI, un peu comme si DIOR devenait une sous marque de BULGARI. Quant à LCL, ce ne sera jamais plus le Crédit Lyonnais ! Crédit du Maroc reste aussi une jolie marque mais progresse moins vite que ses compétiteurs locaux.

 

Autre faiblesse : les choix stratégiques (diversification-recentrage) subissent trop les effets de flux et reflux : on achète cher quant ça décolle dans une région du monde quelconque, on se retire piteusement quant ça décroche, ces effets de balanciers manquent de lisibilité et coutent cher en badwill. A force d’élaguer, le tronc manque de feuillage parfois. L’agriculteur lyonnais en charge des grands choix ira-t-il jusqu’à gérer sa banque depuis la place du Grillet à Tournon pour finir de couper les branches fragilisées? 

Le cours actuel , autour de 12,20  €/action correspond à peu près à 10  fois les bénéfices attendus pour 2011, mais aussi à un PtoB (cours s/valeur mathématique) de 21,7 €  ( 52 milliards de capitaux propres  part du groupe / 2,4 milliards d’actions).  Donc à priori le cours offre 40 % de rabais sur la valeur intrinsèque! Super placement, non ?

 

Non car l’histoire enseigne le présent : si vous aviez investi 100 € en 2001, lors de la privatisation, et en supposant que vous ayez réinvesti l’intégralité des dividendes durant 10 ans, votre portefeuille CAsa baisse de 0,8%  et vaut actuellement  99,2 € alors que l’inflation pour la même période à représentée 18,50 %  donc vous avez perdu 118,5 – 99,2 = 19,3% en euro constant. Sans compter ce que cette somme aurait pu vous rapporter placée ailleurs, et bien sûr  sans compter la fiscalité du patrimoine des revenus intermédiaires...

A l’horizon : de nouvelles contraintes bancaires mondiales qui n’amélioreront pas la valorisation du titre, une concurrence internationale qu’on croit exacerbée et qui n’en est qu’à ses prémices, des risques opérationnels qui iront croissants,  des procès à risques, bref CASA est le parfait exemple à ce jour que la profession bancaire reste à réinventer.

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Brillante analyse critique.

Le 02/04/2011 à16:32