Economie » Le 31/01/2012 à 13h04 par christian CLAIRVIEL
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L’agence de notation Standard & Poor’s, en dégradant la note des dettes souveraines de neuf pays de la zone euro, dont celle de la France, ne fait elle pas l’implacable constat d’échec de nombreux « plans de relance » dont les résultats négatifs et le coût croissant alourdissaient la créance, alors que les rares réussites étaient cannibalisées par de nouveaux plans de pseudo-relances?
Les déficits publics ont des origines diverses mais tiennent pour la plupart à une grande méconnaissance économique de nos gouvernants. On observe au cours des 2 dernières générations que la panoplie entière des erreurs classiques en économie a été employée, sans tenir compte en aucun moment des leçons de l’histoire. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, les dirigeants européens, américains ou japonais croyaient réellement pouvoir enrichir leurs nations par des plans de relance à finalité sociales : amoindrir les inégalités, redistribuer la richesse, un crédo généreux mais ils furent oublieux de la première loi d’H.f. d’Aguesseau : on n’enrichit pas le pauvre en ruinant le riche (17° siècle). Quitte à surprendre, l’histoire économique nous apprend que seule la richesse attire la richesse, que l’individualisme est une constante commune aux riches comme aux pauvres, Voltaire et Rousseau en débattait déjà en leur temps. Le monde est égoïste, c’est ainsi, vouloir le faire évoluer au-delà de sa capacité d’adaptation relève de l’angélisme. Au fil du temps et selon l’évolution des peuples cela évoluera sans doute mais en 2012 on ne peut qu’observer l’hypnose européenne figée et partagée dans son incompréhension de la compétition internationale.
Quels étaient les choix possibles de nos gouvernants et qu’ont-ils choisis ?
1°) Le premier choix possible était de relancer l’économie durable, faite d’investissements à long terme, ce qui a toujours été un risque politique considérable : investir des milliards dans un avenir industriel ou commercial incertain constitue d’abord une dépense (= hausse des impôts ou aventure des réserves), avant que d’être un jour rentable, peut être. Il faut admettre que certains « investissements » ne sont que des dépenses durables qu’il faut alors interrompre un jour quant d’autres fournissent des milliers d’emplois durant des décennies. Face aux inévitables détracteurs qui savent qu’une élection démocratique se gagne ou se perd à quelques centièmes des opinions autour de la médiane, il est plus facile de caresser les votants « dans le sens du poil » en promettant de favoriser la consommation sans considération pour la croissance durable. Rares ont été les présidents à se risquer dans l’impopularité de chantiers à long terme qu’ils savaient utiles au pays mais défavorables à leur propre continuité ou réputation. Les TGV, Airbus, le nucléaire ont bénéficiés en France de quelques grands présidents mais depuis ? Ce risque impopulaire fût pourtant repris par la Corée du sud, la Chine, et d’autres petits dragons au sortir de la crise dite asiatique (1997-2000) et l’on à vu LENOVO racheter IBM-pc, GEELY (Chine) racheter Volvo, SAMSUNG se porter mieux que NOKIA, etc… Prendre le risque de perdre, lors d’un choix d’investissement stratégique est souvent un scenario gagnant lorsqu’on le traite comme s’il était un investissement majeur. Car ce qui est un risque marginal pour un industriel « installé » (craignant donc de s’endetter) peut devenir une opportunité majeure pour un autre contraint d’évoluer malgré les contraintes sociales et les doutes colportés par certains politiciens (entre autre sur l’avenir de l’€) qui génèrent la défiance publique et découragent l’initiative.
2°) Relancer l’économie par la consommation (solution keynésienne dont on connait les limites) semble donc une posture bien plus acceptable politiquement quoique chaque responsable sait qu’elle génère des déficits à long terme pour un profit public à court terme, vite « mangé » par l’inflation ou la concurrence des pays liés dans le cadre de l’ OMC. Il est à présent établi que le plan de relance de Mitterrand en 1981 à bien plus profité à l’économie allemande qu’à l’emploi français, cas devenu un classique des cours d’économie internationale dans la plupart des grandes écoles. C’est le choix de la facilité électorale, de la médiocrité fondée non sur l’inintelligence des électeurs mais de leur inculture économique puisque le ministère de l’éducation nationale ne consacre aucune heure des classes terminales à leur compréhension de futur citoyen.
3°) Relancer l’économie par l’immobilier ou la bourse est aussi une constante faussement appétissante, facile et populaire, dont on sait pourtant depuis 1929 qu’elle ne conduit qu’à des drames puisqu’elle consiste à encourager une spéculation ruineuse. Cela n’a pas empêché l’Espagne surtout mais aussi l’Estonie, l’Angleterre et d’autres de sombrer dans cette bulle dans les années 90-10. Bien d’autres pays y croient encore (Maroc, Tunisie, Grèce, Hong Kong, etc…) qui connaissent ou ont connu d’importantes hausses du prix au m², découplées de la croissance réelle de leur économie. La crise des subprimes avait pourtant parachevée le tableau dès 2007, prouvant une fois de plus que le déséquilibre entre l’évolution du PNB < hausse spéculative exponentielle des cours du sous-jacent finit toujours par la ruine des derniers accédants comme une chaine de Madoff.
Ce fût pourtant parmi les deux dernières solutions que les ministres en charge de budgets nationaux durant ces dernières décennies firent leurs choix, abusant ainsi du crédit international de leurs nations, grâce il est vrai à une bancarisation de plus en plus intelligente et sollicitante qui n’entrevoyait aucune limite à la croissance internationale depuis la chute du mur de Berlin et l’interprétation très libérale du néo-communisme chinois.
Bien sûr dans ces temps d’espoir plus que d’euphories (2000-2010), seuls ceux qui avaient commis des excès antérieurs (dont le Danemark, la Suède, la Finlande, l’Australie, la Nouvelle Zélande,…) acceptaient de réduire la voilure. Ces pays avaient avant nous perdu leur triple A, certains l’ont retrouvé. Les démagogues de partout et de toujours contestaient alors grandement le choix de la rigueur budgétaire et du désengagement public. Leur argument principal était celui qu’on entend à nouveau en France : « si vous prétendez délibérément réduire le déficit cela créera de la déflation et le rapport entre la dette et le PIB ne peut qu’augmenter. La seule façon de se débarrasser de la dette (autrement que par un défaut sur cette dette) serait de faire en sorte de relancer l’économie… par tous les expédients possibles ! »
Sagement, les gouvernements réformateurs ont préférée la croissance molle mais durable, malgré les risques industriels qu’ils supposaient. Les populations concernées ont accepté les sacrifices demandés, sans « s’indigner », sans prétendre se « rebeller ». Sauf en Grèce ou règne le toujours plus, ainsi qu’en Equateur qui s’arrime au bien complexe axiome de « dette odieuse », une hypothèse qui tenta l’Islande avant qu’elle y renonce
La peur de la dette est ancrée dans la nature humaine, malgré son effet de levier. Tout le monde sait ce qu’une dette financière signifie : de l’argent emprunté qu’il faudra rembourser majoré des intérêts croissants en cas de retard. Cette sagesse populaire semble se perdre dès qu’on accède aux cercles du pouvoir sous de fallacieux prétextes : « un état rembourse une dette par un nouvel emprunt, il suffit d’en émettre d’avantage ; le déficit budgétaire est une variable d’ajustement fondée sur l’éternité et le pouvoir de coercition d’un état lui permet des mesures confiscatoires, etc… ». C’est oublier l’histoire de la république de Weimar, celle du Zimbabwe, l’impact des relations internationales (la Hongrie le constate actuellement) et la capacité des peuples à se rebeller devant l’incompétence économique de ses élus. Une dette fondée sur des investissements rentables qui constitueront un capital tout en rapportant plus que le coût bancaire est une dette utile, une dette croissante ne servant qu’à supporter l’augmentation des déficits courants est une dette plus qu’inutile : c’est une dette de lâcheté.
Pour être en mesure de rembourser la dette publique, ou du moins pour la réduire, le gouvernement doit se débarrasser de son déficit budgétaire, car les excédents de dépenses par rapport aux recettes vont sans cesse grossir l’exigible à court terme et l’évaluation du risque à moyen terme. Et donc, si le gouvernement ne réagit pas, la dette publique deviendra « insoutenable ».
C’est pourquoi la réduction du déficit est aujourd’hui au cœur de la politique budgétaire de la plupart des gouvernements. Un gouvernement qui adopte un plan crédible de consolidation budgétaire est moins susceptible de faire défaut. Mieux encore en réduisant le budget de la dette, ce gouvernement peut faire bénéficier les contribuables des bénéfices de sa gestion = diminution des prélèvements obligatoires. La rigueur budgétaire est donc la voie royale vers la reprise économique sous réserve qu’elle s’accompagne d’une stratégie d’investissement dans les activités de demain. Autrement dit : le chamboulement budgétaire doit être profond pour réduire les dépenses de fonctionnement tout en dégageant des marges de manœuvres pour investir dans les métiers d’avenir à capacités exportatrices. C’est ce que nous dit à mots couverts Standard & Poors, feignant de croire que l’Europe ne se préoccupe que des déficits souverains, alors qu’il suffit de bien lire le communiqué de cette agence pour être convaincu qu’elle pose la question du futur et constate la vacuité des politiques industrielles de l’Union Européenne.
Le constat induit est que la plupart des hommes politiques occidentaux ne croient et ne soutiennent que les positions acquises, en supposant que seules les technologies à hautes teneurs capitalistiques (aviation, sous marins, satellites, nucléaire) peuvent générer une valeur ajoutée mondiale amplifiée par la capacité d’investissement occidentale. C’est une erreur, du moins partiellement. Les technologies nucléaires principales ont déjà 50 ans, l’Airbus à un socle commun déjà quadragénaire, nos satellites les plus modernes bafouillent en COBOL (un langage informatique que nos jeunes ingénieurs n’apprennent plus, concurrence des écoles oblige) et on consacre un budget pharamineux consacré à l’apprentissage de l’anglais alors que de petites entreprises françaises sont proches d’aboutir au traducteur électronique ! On croit avoir déjà fait trop pour la recherche et le développement pour avoir soutenu gentiment les caciques du CNRS, INSERM et autres belles institutions ou l’important est surtout de ne pas trouver mais de chercher. Est-ce ainsi qu’on encourage l’innovation européenne, lorsque déposer au plan mondial un brevet, une marque, une musique ou un livre coûte encore si cher à un européen lorsque cela est subventionné à 100 % pour un chinois, un japonais, un américain ?
En réalité, si l’on admet que l’équation de résistance I = C dans laquelle I est l’innovation bénéficiant d’un contrôle légal des droits de propriété intellectuelle, et C le moindre coût de fabrication (salaires + charges + amortissements + impôts) permettrait d’équilibrer la compétition mondiale hors coûts logistiques, on pourrait supposer que les pays peu performants en C ( Europe, Amérique du nord, Japon, Australie) ne devraient s’endetter que pour justifier le I des investissements à long terme.
Une part de leurs peuples égoïstes préfère l’immédiateté des bonheurs passagers : du pain et des jeux ! J’avoue que dans un tel contexte l’homme politique courageux osant dire les vérités chagrinantes mériterait le respect des votants. Je constate que la plupart préfèrent s’en absoudre, multipliant les promesses intenables. 20.01.2012